« Il faut s’y prendre tôt pour faire les choses au dernier moment”, Roland Topor

Avec Talent : Salut ! Qui es-tu ?

IUL : Salut. Je suis IUL. Pour l’histoire (bien trop de personnes me le demandent) ça date du collège en 6ème. Les copains de classe m’ont appelé – iule – en faisant le lien entre Jules César, en latin Iulius, et mon prénom – Julien –. J’ai souvenir de signer mes dessins iule à ce moment-là. Par la suite j’ai contracté iule en iul. Puis en majuscule puisque le sublime Deoz World le prononce en gueulant. J’habite à Nantes depuis bien trop longtemps et j’ai une calvitie que je compense avec de gros muscles. J’ai voulu devenir illustrateur, puis archéologue et maintenant je suis artiste tatoueur. Mais comme beaucoup d’illustrateurs et archéologues, je n’en vis pas pour le moment. Mais si tout se passe bien j’aurai une carrière similaire à Bruce Willis dans le tattoo game. À côté du dessin pur et du tatouage je suis parfois peintre et pratique un peu la céramique. J’aimerais faire un tas de choses comme réaliser un EP avec mon pote DinoCestchiant, faire de la 3D, réaliser des films ou encore créer un magazine d’art.

Depuis quand et comment ton projet est-il né ?

J’ai commencé à tatouer il y a deux ans et demi. C’est venu totalement par hasard. Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours voulu être « artiste ». J’ai passé 3 ans à l’École Pivaut avec l’objectif de devenir illustrateur. Un petit passage dépression et j’ai tout arrêté. J’ai passé un an sans dessiner ni peindre, sans vraiment sortir de chez moi. Puis un jour j’ai eu envie de me bouger et j’ai cherché du travail. Après huit mois en enfer dans une grande surface j’ai décidé de reprendre des études. J’ai commencé une Licence en Histoire de l’Art et Archéologie. C’est durant la première année que je me suis intéressé au tatouage. J’ai doucement repris le dessin et je me suis dit que ce serait plutôt marrant de tatouer n’importe quoi sur les copains. Ça m’a permis de faire des dessins tout pétés et de lâcher prise sur l’apprentissage très académique que j’ai reçu. Je me suis lancé dedans sans prétention. Petit à petit j’ai décroché de la fac pour me focaliser sur cette pratique en autodidacte. J’ai rencontré des tatoueurs dont j’admirais le travail et ils m’ont conseillé. Mon style a évolué vers quelque chose de « folk » comme j’aime l’appeler. J’ai besoin que ce soit spontané et irrationnel. Naïf, coloré et figuratif. Bien que parfois j’ai du mal à discerner ce que je dessine. C’est notamment des artistes comme Daniel Johnston et Roland Topor qui m’ont amené vers ce chemin. Ou encore des artistes classés dans l’Art Brut. Aujourd’hui j’ai la chance de tatouer auprès d’artistes que j’apprécie et qui me conseillent de continuer dans cette voie. C’est plutôt motivant.

Le tatouage représente quoi à tes yeux ?

En tant que tatoué je le vois comme un moyen de collectionner des œuvres. A mes yeux acheter une peinture, un dessin original ou me faire tatouer c’est la même chose. D’ailleurs avant-même de commencer à tatouer j’aimais l’idée de rencontrer un artiste et qu’on partage un moment ensemble afin qu’il transpose son travail sur ma peau. C’eût été le cas avec Béatrice Myself par exemple, ou Sans Bavures. Et c’est aujourd’hui ce que j’aime transmettre aux personnes que je tatoue. Leur donner une petite partie de moi-même et qu’ils vivent avec. En tant qu’artiste je trouve que mes dessins ont beaucoup plus d’intérêts lorsqu’ils terminent sur la peau. C’est un peu comme la cuisine. Tu peux manger des carottes crues, mais cuisinées c’est meilleur. Mes dessins ont besoin d’être encrés sous la peau pour exister. D’autre part, bien qu’il soit avant tout très personnel, je suis persuadé que le tatouage a sa place dans le domaine artistique. L’art dit corporel y a bien fait sa place à partir de la seconde moitié du XXe siècle. C’est donc envisageable. L’artiste Servadio avec son projet Body of Reverbs œuvre dans cette voie par exemple. Ou encore le groupe Tat2noisact qui mêle noise, punk rock et performance de tatouage en live.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un(e) jeune qui voudrait se lancer dans le tattoo ?

Je lui conseillerais avant tout de s’informer sur les règles d’hygiène et de les respecter. C’est la chose la plus importante à mes yeux quand on commence à tatouer. Comme beaucoup j’ai débuté chez moi sur les copains. Mais je balisais énormément sur les risques sanitaires. Je nettoyais mon studio à fond, couches de cellophane à gogo, récurage du matériel de travail plutôt deux fois qu’une. J’appliquais à la lettre les conseils que l’on m’a donnés. Puis quand j’ai pu mettre de l’argent de côté j’ai passé la formation d’hygiène et de salubrité. Pour ce qui est technique c’est à la personne de voir si elle a besoin d’un cadre, apprendre à tatouer de manière très classique ou non. Si c’est le cas il vaut mieux chercher un apprentissage. Si au contraire elle veut expérimenter, tester des choses qui sortent un peu du cadre du tatouage « ordinaire », c’est bien plus intéressant et valorisant d’apprendre par soi-même, rencontrer des tatoueurs qui ont eu ce parcours et être patient. Pour faire simple il faut avoir du matériel de qualité et juste se lancer pour voir où ça nous mène. Mais respectez les règles d’hygiène bordel !

Un mot pour la fin ?

J’ai un tas de projets qui vont se concrétiser à compter de septembre 2018. Tout d’abord je souhaite « guester » davantage. A savoir passer dix jours par mois à me balader en Europe pour tatouer dans des salons qui m’invitent. Ensuite j’ai des projets de collaborations avec des artistes comme Ben Sad ou mon ami Victor Drapeau. Puis j’aimerais avancer sur le projet de magazine d’art qui me trotte dans la tête depuis 1 an, réaliser une exposition qui relierait à la fois mes dessins, le tatouage mais également la peinture. Enfin voilà, plein de petites choses dont je ferai la communication au cours de l’année.

L’ESPACE DE TRAVAIL

LA CARTE D’IDENTITÉ

IUL 1MINUTE :