« Il y a pire dans la vie ! », Black Verveine

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Avec Talent : Hello ! Qui es-tu ?

Black Verveine : Je suis Aurélie, la créatrice de Black Verveine, marque nantaise de prêt-à-porter féminin à la fois contemporain et éco-responsable.
La mode a toujours été une évidence pour moi. À l’âge de 10 ans, je dessinais ma première collection et je voulais devenir styliste. Après un bac littéraire, j’ai intégré l’école ESMOD pour suivre une formation de stylisme-modélisme. Mon diplôme en poche, j’ai travaillé pour une marque parisienne de streetwear, à l’époque où le baggy cartonnait ! Puis, la vie a fait que je suis entrée dans le monde de la grande diffusion, milieu formateur mais frustrant. Révoltée par cette “Fast Fashion”, j’ai lâché mon poste de styliste il y a plus de 3 ans pour revenir à une mode plus créative et plus respectueuse de l’homme et de son environnement, une mode en accord avec mes idées. Je voulais prouver qu’on pouvait allier éthique et esthétique. J’ai sorti la première collection Black Verveine en 2015, après un long travail de sourcing. Je collabore avec une modéliste nantaise et les collections à ce jour sont aussi confectionnées dans un petit atelier nantais. Quel plaisir de travailler en local après des années à peu communiquer avec mes collègues et fournisseurs en Chine !

A-T : Peux-tu nous parler de la réalisation de l’un de tes vêtements ?

B-V : Oui, je peux vous dire quelques mots sur le développement du top Kaleiz de la collection Interaction. Je conçois moi-même les imprimés. Pour créer celui du top Kaleiz, je me suis imprégnée d’univers subaquatique et intergalactique. J’ai été fascinée par ces plantes fluorescentes à l’apparence futuriste. J’ai développé plusieurs variantes et je les ai envoyées à une société française, spécialisée en impression numérique textile, pour faire des tests sur un satin de coton bio. C’est vraiment cool de pouvoir réaliser ses imprimés en petite série et de façon écologique. En plus d’un choix de supports bio, ils utilisent des encres pigmentaires à base d’eau. C’était très important pour moi. Quant au volume du top, il a pris forme avec Noémie, modéliste avec qui je collabore depuis la première collection Black Verveine. C’est top de travailler avec elle car elle possède une sensibilité artistique et comprend tout de suite les volumes et formes que je dessine.
Une fois le tissu commandé, le premier prototype a été réalisé par le petit atelier nantais dans lequel nous faisons confectionner. Pour ce modèle, la fabrication est sur commande mais pour les autres, nous fabriquons en série limitée (18 exemplaires grand max’).

A-T : Que t’apporte de plus une production française ?

B-V : Produire en France est un engagement pour maintenir un savoir-faire mais c’est aussi un acte solidaire en participant à l’économie locale. Comme je le disais plus haut, c’est riche en échanges et cela a des répercussions positives sur le process.

A-T : Rencontres-tu certaines difficultés ?

B-V : Oulalah oui ! Plusieurs difficultés en effet mais il y a toujours des solutions.
La première est, dirais-je, classique, elle est d’ordre économique ! Il faut toujours trouver de l’argent pour de nouvelles collections surtout quand on fonctionne en auto-financement (les banques sont frileuses sur ce genre de projet). Les recettes réalisées avec les collections vendues d’une jeune marque ne permettent pas de couvrir entièrement les dépenses pour les suivantes, entre les frais techniques (du patronage jusqu’à la prod’) et les frais liés à la com’ et la vente (shooting, bureaux de presse, location de lieux pour des événements,…).
Deuxièmement, le fait d’utiliser des matières biologiques et eco-friendly pimentent les choses, moins de choix et donc il faut faire encore plus preuve de créativité, mais c’est ça qui est stimulant!
D’un point de vue commercial, pas facile de s’implanter, le monde de la mode regorge de marques émergentes faisant preuve de professionnalisme, même si sur le créneau de la mode contemporaine et éco-responsable il n’y a pas foule. On demande vraiment beaucoup aux jeunes créateurs, comme s’ils avaient les années d’expérience et le budget de marques existant depuis au moins une décennie. Les professionnels, pas le public, exigent la qualité du produit bien évidemment, mais aussi une flexibilité du stock, avec tous les frais que cela implique, une maîtrise de l’image sans faux pas, ce qui représente un travail énorme ! On en oublie parfois la chose principale dans cette histoire, le vêtement.

A-T : À quoi ressemble ta journée type de travail ?

B-V : Je n’ai pas franchement de journée type. Cela dépend si c’est une période de début ou de fin de collection.
Je commence toujours par checker mes e-mails et leur contenu peut donner le ton de la journée : envoi de commandes, préparer des dossiers pour une parution ou pour des e-shops, préparer la collection pour une expo ou une vente (souvent à Paris), envoyer des “shoppings presse” pour un shooting… Et puis il y a la séance réseaux sociaux.
En période de pré-confection et confection, mes journées sont rythmées par les commandes de tissus et les allers-retours à l’atelier qui se situe à quelques kilomètres.
Au final la partie création et mise au point des modèles représentent peu, environ un tiers du travail. Lors de cette période, la journée peut être très longue, je pousse jusqu’à 3h du mat’ prise dans un tourbillon de créativité. Ensuite, je vois deux fois par semaine Noémie, ma modéliste, les essayages sont un moment privilégié où on voit naître ses créations.

L’espace de travail

ETBlackV

La Carte d’Identité

BV

Les Vêtements

 

BLACK VERVEINE :